Comment Jolla profite de la solide base Android

Voici un petit article, un peu technique, qui fera, je l’espère, une excellente lecture pour le week-end.

Jolla ne peut pas se permettre de bâtir un nouvel OS à partir de rien, car la concurrence est forte et que les usagers attendent des évolutions et de l’innovation dans ce domaine particulièrement dynamique.

Nous l’avons déjà vu, Jolla compte sur la communauté Qt, Maemo et MeeGo pour créer des applications de haute qualité rapidement, mais aussi sur la technologie de Myriad, Alien Dalvik.

Supprimer la barrière logicielle

L’utilisation d’Alien Dalvik était prévisible, car il est suicidaire de lancer un système sans applications. Les consommateurs attendent de leur téléphone intelligent tout ce que fait celui de leur voisin, il est donc clair que Jolla doive intégrer les applications déjà existantes plutôt que de demander aux nombreuses sociétés autour de recoder encore une fois leur application.

Les applications Android, qui reposent sur une couche libre (la machine virtuelle Dalvik), et dont le code est multi-plateforme, peuvent être utilisées un peu partout, comme sous Windows grâce à Bluestacks, ou, sur d’autres plateformes grâce à Alien Dalvik.Il est donc peu surprenant que Jolla décide d’utiliser les applications Android pour compléter son offre logicielle au lancement.

Un framework pour les dominer tous

En choisissant Qt, Jolla choisit en fait l’un des moyens les plus facile d’écrire un programme. Certes, Qt se base sur du C++, mais simplifie tellement les choses qu’il est possible de créer des choses magnifiques sans vraiment savoir en écrire.

Digia, qui a racheté Qt a Nokia, souhaite faire de Qt le framework logiciel qui dominera le monde, en décidant de rendre sa facilité d’utilisation disponible à tous, partout, que ce soit sur les OS des ordinateurs de bureau, Windows 8 compris, que les OS mobiles, iOS, Android, Windows Phone 8, BB10, Sailfish.

Ainsi, les développeurs Qt peuvent espérer cibler toutes les plateformes en même temps, avec uniquement des petites variations dans le code. Qt, si il tient ses promesses, semble donc avoir un futur important, et pourra être le seul choix tangible pour les développeurs d’applications. Même sans ce futur radieux, Jolla et BB10 peuvent déjà former une entraide, car le portage d’une application BB10 a Sailfish et vice-versa semble particulièrement aisé.

Avec le port de Qt sur Android, qui est déjà à un stade très avancé, les développeurs disposent alors d’une passerelle entre Sailfish BB10 et Androrid, ce qui peut encore plis encourager les développeurs à développer pour Jolla.

On voit donc que le plan de Jolla est de

  1. Apporter des apps Android sur Sailfish
  2. Faire adopter Qt massivement, en vantant la compatibilité interplateformes …
  3. … pour que les devs l’utilisent et proposent des applications natives

Supprimer la barrière matérielle

Mis à part le logiciel qui pouvait poser problème à Jolla pour le lancement de Sailfish, et qui est réglé par ces deux couches de «compatibilité», Alien Dalvik et Qt, il reste le problème du matériel, qui est lié souvent aux drivers des accélérateurs graphiques au sein des téléphones.

Ces drivers sont fournis par les constructeurs de puces, mais sont très souvent uniquement adaptés à Android qui, même si il utilise le noyau Linux, n’utilise pas les mêmes composants de base (librairie C, middelware) qu’un Linux standard, qu’est Mer et Sailfish.

Pour remédier à ce problème, Stskeeps, ou Carsten Munk écrit en ce moment une librairie, appelée libhybris, qui permet de faire le pont entre les librairies Android et celles des distributions Linux standards. Il le fait durant son temps libre et ce travail n’est pas affilié à Jolla, mais permettrait un jour à n’importe quelle distribution, notamment Mer, de tourner sur toutes les puces gérées par Android.

La vidéo montre un environnement graphique accéléré Mer, sur une HP touchpad, qui profite des drivers Android.

Cette librairie, si elle est terminée, signerait la fin des problème de support matériel, qui empêchent actuellement les distributions Linux d’être portées sur des téléphones ou des tablettes facilement. Cette situation n’est pas sans rappeler la situation des ordinateurs de bureau, il y a quelques années.

Elle permettrait aussi à Sailfish de tourner sur n’importe quel téléphone Android rooté, ce qui permettrait une adoption plus rapide, et peut-être un effet de bouche à oreille.

Quitte ou double

Jolla peut facilement profiter de la base Android pour attirer des développeurs, et même des utilisateurs, mais Android est un peu une lame à double-tranchant, car Jolla peut très bien échouer à attirer des développeurs, qui préféreront coder pour Android et profiter de la couche de compatibilité plutôt que de développer des applications natives.

Les utilisateurs capable de faire tourner Sailfish sur leurs téléphones Android ne voudront peut-être pas acheter de téléphone Jolla, ce qui ne crée pas de revenus.

Une question récurrente revient maintenant toujours dans les blogs traitant de Jolla, et je vais la poser aussi. «Quel est leur buisness-plan ?» En faisant beaucoup d’open-source, ils se coupent beaucoup de sources de revenus. Et en tant que start-up, il leur est pourtant essentiel d’en avoir le plus possible pour survivre.

A propos de Sfiet_Konstantin

Développeur Qt, fan du N950 et du N9, et ayant un regard critique dans le monde de la mobilité et leurs interfaces graphiques, j'ai aussi été stagiaire chez Jolla durant l'été 2013.

12 commentaires à propos de “Comment Jolla profite de la solide base Android

    • Payant dans quel sens ? Je pense que Sailfish aura une license double, comme Qt. En tant qu’entreprise, soit tu paie si tu veux utiliser, soit tu contribue, et accepte de tout ditribuer en license libre, donc ce sera une source de revenus c’est sûr.

      • Payant comme Microsoft le fait avec Windows. Donc si tu veux, en tant que particulier, installer Sailfish OS sur ton Android/smartphone, alors il suffira simplement d’acheter une licence pour pouvoir l’installer sur ton natel.

        • Natel: on a à faire à un Suisse !
          Justement, c’est contraire à la philosophie de Jolla qui est de promouvoir l’opensource et les comtributions.

          Après, ils ne peuvent pas non plus porter l’OS sur d’autres téléphones (clauses dans les ventes des téléphones) donc seul l’utilisateur pourra le faire.

          • Suisse-allemand pour être plus exact ;)
            Mais alors ils veulent jouer à la roulette russe et cela signifie que le portage pour Android/autre plateforme se ferait seulement avec l’aide de personne tierce et non de la firme elle même ? Ou je me trompe ?

          • Ils ne jouent pas à la roullette russe, enfin je l’espère.

            Ils n’ont pas le droit de faire des ports, tout simplement parce qu’ils ne sont pas propriétaires du matériel sur lequel ils bossent (N950 par exemple). Ce serait de la concurrence déloyale de pouvoir faire ça.

            Donc ils laissent le boulot a la communauté.

  1. Il m’a fallu beaucoup de temps à moi aussi pour me débarasser du mot natel qui est simplement une marque déposée par Swisscom looool

    Article très intéressant. Les applis Meego tourneront nativement sur sailfish ou pas du tout ? car même s’il y en a pas 100’000 il y en à quand même quelques unes importantes/intéressantes.

    Enfin j’ose espérer que Jolla à déjà pensé à ces problématiques. Quand on dit que c’est facile d’adapter une appli Andro en QT/Sailfish, cela implique combien de temps env? Car peut être ils utiliserons une partie de leur équipe uniquement à faire ça.

    Il est clair s’ils veulent que ça marche que les appli sont désormais très importantes. Pour ma part celles de Meego suffisent tout juste. Espère franchement que ça se passera bien.

    Ils doivent impérativement d’abord terminer correctement leur OS et trouver des solutions élégantes pour avoir plus de 9 applis qui tournent et les qq autres petites choses pas encore optimisées. A propos je n’ai pas vu comment on ferme une appli et comment les fermer toutes d’un coup. Doit me regarder la vidéo à nouveau ;)

    Enfin si vraiment ils voulaient mettre toutes les chances de leur côté à leur place aurait créé un portage officiel Jolla du N9/950 sur Sailfish. Pourquoi? Afin de gagner rapidement déjà un bon nombre d’utilisateurs, les habituer à leur OS et leur donner envie d’acheter leur smartphone.
    Avec un portage non-officiel, dont que certains geek entendront parler et peut être avec des opérations délicates à faire il y aura peu de monde à Switcher. On me dira qu’un portage officiel leur prendrait trop de temps en support, moi je pense que si c’est bien fait il faudra peu de support, qu’il pourrait être donné par la communauté maemo , communauté quil faudrait intéresser à Jolla.

    Prends mon exemple: je veux changer de téléphone d’ici peu de temps car malgré que je suis in love avec mon N9, avec mon utilisation intense il peine à suivre, mais il faudra attendre juin! 7 mois! :( Moi suis déjà fan de Jolla et y a des chances que j’attende, mais les env 2 millions de clients qui l’ont acheté risquent de le changer pour la même raison ou pour avoir plus d’appli chez Android (ou dans le prire des cas iOs :) ). Raison de plus pour Jolla de se focaliser sur un portage je pense car
    beaucoup de gens ont acheté le N9 car proposé par l’opérateur et non pas car ils savaient ce qu’était réellement Meego et sa communauté. Ces gens là une fois quils changeront pour un Android ou un Windows phone à mon avis ne reviendront plus sur du Jolla. Un potentiel énorme de clients totalement délaissé…

    • Je vais essayer de répondre point par point car le post est long.

      Les applis MeeGo doivent être adaptées, ça prendra 5` du temps de développement je pense.

      Android vers Qt c’est une totale réécriture, donc plus long. Mais écrire un programme en Qt, ça va vite.

      Il est possible d’avoir plus de 9 apps qui tournent, le problème c’est l’aeeichage en ce moment. Et il n’y a pas de moyens de tout fermer … en ce moment.

      Encore une fois, il n’ont pas LE DROIT de faire un portage, sinon ils s’exposent à des actions en justice.

      Et tu sousestime ce que peut faire la comunauté. Rien que le support étendu de Maemo par CCSU, c’est pas ridicule.

  2. Si les applications sont écrites avec Qt Quick, le portage sera facilité. Le seul « gros » problème réside dans le code QML. L’utilisation des composants QML pour une interface (boutons, sliders, scrollbars…) necessite des lignes de code fortement liées à la plateforme. Exemple : « import com.nokia.symbian.qqch 1.1″ pour Symbian, « import com.nokia.meego.qqch 1.1″ pour MeeGo, autre chose pour le desktop et les autres plateformes. Ça serait bien que Digia trouve un moyen d’abstraire tout ça plus facilement ou de pouvoir spécialiser certains passages selon la plateforme comme dans du code Qt (avec les « #include Q_OS_QQCH /* … */ #endif »).

    Les applis Android c’est bien, mais il va falloir les brider pour avoir des applis Sailfish. En effet, quel intérêt à sortir une appli Sailfish si l’appli Android marche correctement sur un appareil sous Sailfish ? À quoi bon investir dans des ressources supplémentaires pour une plus value relativement faible comparé à l’appli Android qui tourne avec Alien Dalvik. Ça me fait penser aux applis tablettes pour Android. Google avait alors sorti une fonctionnalité étirant les applis smartphones pour que les applis soient à peu près correctes sur tablettes et smartphones. Au final, peu ne se sont fatigués à adapter les apps aux tablettes. Enfin ça reste toujours mieux que de ne pas avoir d’apps du tout. Je suis depuis peu sous une plateforme (Series 40) manquant cruellement d’applications (Symbian qui est loin d’être parfait c’est iOS à côté) et ça fait un peu ch**r qu’il n’y ait strictement RIEN de décent (sauf peut-être fMobi mais je ne suis pas sur Facebook pour en profiter). :(

    « Les utilisateurs capable de faire tourner Sailfish sur leurs téléphones Android ne voudront peut-être pas acheter de téléphone Jolla, ce qui ne crée pas de revenus. »

    De là à ce que ça constitue un gros manque à gagner pour Jolla… Si Sailfish n’est populaire qu’au près des geeks et des « barbus », ça pourrait poser problème. Mais si tout le monde achète du Jolla, ce ne sera pas la minorité qui flashera ses appareils Android pour y mettre du Sailfish dedans qui plombera les finances de Jolla

  3. Pour se faire une idée sur l’essentiel de ces points et anticiper sur le probable avenir de Jolla, l’évolution de BB10 est une clé centrale. Crackberry offre et une excellente source sur la question.

  4. J’ai également l’impression que BlackBerry se trouve un peu dans la même situation que Jolla. D’ailleurs la navigation sur une PlayBook me rappelle énormément le Nokia N9.
    Si Jolla veut s’en sortir il faut d’abord un excellent hardware. C’est la clé. Côté soft, proposer une boutique de musique, applications, livres et bd, c’est le minimum pour toucher le grand public. Il faut les applications que tout le monde utilise et peut être aussi un excellent browser pour palier le manque d’applications.
    Il faut aussi quelque chose pour se différentier c’est essentiel. Avoir un OS ouvert est unique mais est-ce suffisant?

    • Je ne sais pas si le public français (pour ce qui me concerne) veut d’une boutique de livre, BD et musique dans son téléphone. Ils préfèrereno plus probablement aller à la Fnac ou sur Amazon.

      Par contre, les vrais applications phares, whatsapp et Viber, métro RATP (pour le parisien que je suis), le monde et l’équipe et j’en passe, ça c’est ce qu’il faut.

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