Une introduction à Jolla (3)

Après une première partie consacrée à l’essor du projet OSSO et une deuxième partie sur la genèse difficile du N9, voici la troisième partie, sur la naissance et les ambitions de Jolla.

Acclamé comme le sauveur

Jolla est né un après-midi ensoleillé et chaud (à Lausanne du moins) le 7 Juillet 2012, dans un climat morose. En effet, Stephen Elop avait tenu une conférence de presse quelques semaines plus tôt, décidant du licenciement de l’équipe d’Ulm, en Allemagne. Cette équipe formait les reste d’OSSO, reclassée comme projet de recherche depuis l’avènement de la stratégie Windows Phone.

L’équipe d’Ulm travaillait sur le projet Meltemi, un projet qui n’a jamais vraiment été annoncé par Nokia. Il devait être basé sur le travail des équipes d’OSSO, à savoir une base Linux et Qt, pour créer un OS smartphone pour le remplacement de S40. Ce projet a été dissolu avant même que l’on puisse en voir la couleur, et on ne saura finalement jamais quel était son but.

Ce fameux 7 Juillet était un samedi. Il suivait aussi l’annonce de la PR1.3, qui devrait être la dernière mise à jour de Nokia distribuée sur ses N9. De l’aveu de Jussi Hurmola, le PDG de Jolla à ce moment là, c’était une période plutôt calme en annonces, aucun grand constructeur n’avait de modèle à montrer, et ils ont choisi d’annoncer Jolla pour juste apparaître, et rassurer les fans de MeeGo pour leur dire qu’il y avait une vie après le N9.

Étant une petite équipe avec peu de moyens, ils ont choisi d’annoncer l’entreprise sur Twitter, pour espérer toucher quelques personnes, et se créer leur image médiatique, mais personne, ni même eux, ne s’attendaient à une telle réponse.

Pour une petite start-up, leur compte Twitter a accumulé des chiffres impressionnants, comme des centaines de RT de leur annonce initiale et leur compte est passé de 0 à 15000 followers en moins d’un mois. Les médias sur la technologie, la plupart en vacances pourtant, postent des articles sur le nouveau venu, et se risquent parfois en analyses.

Bref, cet unique tweet innocent à enflammé le web.

Les premiers pas d’un petit nouveau

En octobre, au MindTrek, une conférence internationale sur les médias et le buisness qui a eu lieu en Finlande, Jolla a présenté une diapositive résumant leur situation.

Jussi Hurmola donnant une présentation au MindTrek

Pour les non-anglophones, Jussi explique que l’équipe de Jolla est passionnée et travailleuse, qu’elle est composée de membres talentueux. Il affirme qu’ils ont une bonne stratégie, une histoire qui va les aider ainsi que d’un peu de chance. Enfin, le mot «stubboress» qui est «être entêté» signifie plutôt qu’ils ne lâcheront jamais l’affaire.

Malheureusement, ils ont aussi des déficits. Leur petite entreprise, financée par des fonds d’investissement privés n’est pas aussi riche que Nokia et ils ne peuvent que faire des investissements limités. Ils n’ont pas non plus d’image de marque, et sont totalement inconnus des consommateurs, geek et technophiles exclus.

Malgré ces défauts, qui peuvent faire flancher plus d’un, le président est confiant. Il souhaite atteindre 100 000 smartphones vendus pour leur première itération. Ce qui n’est pas beaucoup, mais suffisant pour sécuriser le buisness de cette petite entreprise.

Une fois ce premier défi − qui est de loin le plus complexe − passé, Jolla souhaite s’agrandir. Jussi Hurmola n’a pas cessé de le répéter, dans le monde hyper concurrentiel de la téléphonie mobile, un petit ne peut pas survivre. Alors Jolla veut grossir. Avec le succès de leur annonce sur Twitter, bon nombre de CV ont atterri sur leur bureaux et ils recrutent sans cesse. Lancé avec moins de 50 personnes, ils espèrent atteindre 100 d’ici la fin de l’année.

La question des sous reste cependant encore opaque. Personne ne sait qui sont ces investisseurs capable de financer l’entreprise à hauteur de 10 millions d’euros.

Une stratégie rodée pour une une entreprise dynamique

Récemment, Jussi Hurmola a annoncé la Salifish Alliance, et a invité les fabricants de puces, des compagnies de téléphonie mobile et des fabricants de téléphones à la rejoindre. Cette alliance vise à construire une alternative à Android et Windows Phone et se focalise surtout sur la Chine, où se trouve de nombreux constructeurs qui souhaitent avoir cette indépendance envers le système de Google et de Microsoft.

La stratégie orientée Asie se sent aussi récemment suite à l’annonce de l’ouverture de bureaux et un centre de données à Hong Kong le 30 Octobre. Jolla souhaite aussi ouvrir des bureaux à Pékin (à confirmer).

Cette stratégie semble être la meilleure puisqu’on sait que la Chine est un marché particulier, où Nokia a longtemps régné en maître et où la proportion des OS est très différente du reste du monde. La Chine est aussi un pays qui a eu beaucoup d’intérêt pour les NIT, N900 et N9 et pour MeeGo, la décision de Jolla semble alors très logique.

L’entreprise Jolla, quant-à elle, est assez atypique. Lors de nombreuses interviews et interventions dans des salons de l’innovation, Jussi Hurmola a eu souvent l’occasion de présenter le modèle flat du management.

L’entreprise est organisée en trois niveaux, les techniques, managers et l’exécutif et les salaires de base ne varient pas vraiment d’un niveau à l’autre. À la place, un systèmes de buts à atteindre décide du salaire final en accordant un bonus en fin de mois dépendant de la performance de l’employé.

Cette organisation flexible et agile permet une grande productivité et aussi des changements plus spectaculaires. Récemment, le Twitter de Jolla a annoncé que Jussi Hurmola avait laissé sa place de PDG a Marc Dillion. Vu par une certaine presse comme un échec et un cataclysme, Jolla a expliqué que ce changement est un processus normal puisque pour effectuer la release du produit, le chef de la direction est beaucoup mieux placé.

Les membres de Jolla font aussi preuve de beaucoup d’ouverture, bien qu’ils gardent leurs projet secret. Le canal IRC − un salon de chat − de Jolla est assez actif et les employés y blaguent en même temps qu’ils continuent leur travail. Leurs comptes Twitter reflètent aussi leur enthousiasme puisque beaucoup s’étonnent qu’ils n’arrivent pas à arrêter de travailler.

Enfin, cette entreprise fait preuve de beaucoup d’éthique, que ce soit envers les projets Open-Source, dans lesquels ils respectent leur promesse de contribuer et les projets concurrents qu’ils respectent, plutôt qu’ils combattent.

Alors que je pensais pouvoir conclure ma série introductive à Jolla, il me faudra une quatrième partie pour parler des technologies utilisées.

Sources

A propos de Sfiet_Konstantin

Développeur Qt, fan du N950 et du N9, et ayant un regard critique dans le monde de la mobilité et leurs interfaces graphiques, j’ai aussi été stagiaire chez Jolla durant l’été 2013.

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