Une introduction à Jolla (4)

Voici la quatrième et dernière partie de l’introduction à Jolla. Cette partie risque d’être plus technique et peut-être peu claire pour ceux ne connaissant pas le terminal sous le N9 ou le N900 ni Linux.

Trois niveaux pour l’OS Jolla

La stratégie de Jolla se base sur la puissance de l’Open-Source,  tout en tentant de passer outre ses défauts (liste succincte est donnée ci-dessous)

Qualités de l’Open-Source

  • Il existe un projet Open-Source pour quasiment tout
  • Le code est souvent bien écrit, optimisé
  • Une communauté gravite souvent autour d’un projet, garantissant une certaine pérennité

Défauts de l’Open-Source

  • Le support n’est pas garanti, et le projet reste parfois instable longtemps
  • Une certaine tendance à réinventer la roue, beaucoup de travail dupliqué
  • Un projet qui n’est pas entouré d’une communauté suffisante sera rapidement abandonné. La pérennité est fragile

Pour tenter de profiter le plus possible de ces forces, Jolla travaille tout d’abord avec Mer project, puis utilise des composants éprouvés pour construire son OS.

La base: Mer project

Mer project a été fondé après l’annonce du 11 Février par Nokia, pour espérer continuer le projet MeeGo. Créé comme une reconstruction − Mer signifie MeeGo REconstructed − il souhaite réussir là ou son prédécesseur a échoué, notamment en terme de transparence.

Mer a été créé pour être un noyau, une base pour que d’autres, développeurs ou entreprises, puissent bâtir leur OS par dessus. Pour éviter − comme ce fut le cas pour MeeGo − que toutes les décisions se passent en privé, Mer est un projet méritocratique où tout le monde peut contribuer et apporter des améliorations et des bugfix.

Mer n’a pas connu beaucoup de succès par le passé. Étant un projet porté par une poignée de passionnés, il n’avait pas beaucoup de visibilité, mais plus récemment, beaucoup ont focalisé leur attention sur ce dernier. L’équipe KDE, en charge d’un des environnements populaires Linux, annonce un projet de tablette basée sur Mer, suivi par Jolla qui annonce que tout leur OS sera basé sur Mer. Depuis, plusieurs autres projets se sont montrés intéressés, notamment OpenWebOS.

L’interface Plasma Active de l’équipe KDE
Source: MeegoExperts

Mer fournit un petit ensemble de composants qui forment le squelette d’une distribution Linux simple. Sont inclus par exemple un gestionnaire de paquets, un serveur d’affichage et évidemment des bibliothèques logicielles de base telle la glibc, ou des interpréteurs classiques comme bash et python. Ces composants sont testés et optimisés pour une plateforme mobile légère.

Sailfish

Au dessus de Mer, Jolla n’ajoute pas directement son IU, mais construit un intermédiaire. Ce dernier, adressé aux autres constructeurs, vise à créer une plateforme de développement clef en main, où tout est inclus et où seule l’expérience utilisateur reste à faire.

Sachant que Mer ne fournit pas de couche d’abstraction matérielle, Sailfish vise à en fournir une, en travaillant avec des fabricants de puces. Sailfish essaiera aussi de fournir des composants essentiels tel un système de boutique d’applications.

Les informations sur Sailfish sont encore très floues, notamment si c’est aussi un projet Open-Source ou non. Mais tout devrait s’éclaircir le 21 et 22 Novembre.

Jolla OS

Jolla OS est le nom de l’OS qui équipera les téléphones Jolla. Et … C’est malheureusement la seule chose que l’on sait. L’OS sera basé sur la plateforme Sailfish et proposera une expérience utilisateur qui leur sera propre.

L’OS risquera d’être de source fermée mais Jolla souhaite tout de même en libérer le plus possible.

Des composants robustes

En tant que développeur, je ne peux qu’applaudir les choix effectués par l’équipe Jolla. La base Mer est très simple, propre et solide et les logiciels pour développer avec, enfantin d’utilisation.

La bibliothèque logicielle graphique utilisée sera Qt, qui est de loin la bibliothèque libre la plus avancée du marché. Rapide à prendre en main, efficace (peu de lignes nécessaires pour obtenir ce que l’on veut) et puissante, il est virtuellement possible de tout faire avec.

C’est aussi une bibliothèque de plus en plus utilisée par de les entreprises, et les organismes publics, comme la NASA, Adobe, Volvo ou le CERN ce qui témoigne de sa notoriété.

Nokia, avant de passer à Windows Phone, a basé toute sa stratégie sur Qt, et maintenant que Qt a été revendu à Digia, ce dernier veut porter sa puissance sur encore plus de plateformes tel Android et iOS, ce qui en fera l’unique bibliothèque universelle !

Son utilisation dans Jolla est donc hautement appréciée.

Conclusion

Avec cette série d’articles, nous avons fait le tour de Jolla, depuis sa naissance en tant qu’OSSO jusqu’à son envol comme entreprise indépendante et le lancement de sa stratégie Sailfish. Nous avons aussi parlé des différents aspects, tant techniques qu’organisationnels de cette jeune entreprise.

Maintenant, il est temps de tourner le dos au passé et de voir ce que l’avenir réserve comme surprise, te la prochaine aura lieue au Slush, le 21 et 22 Novembre.

Sources

A propos de Sfiet_Konstantin

Développeur Qt, fan du N950 et du N9, et ayant un regard critique dans le monde de la mobilité et leurs interfaces graphiques, j’ai aussi été stagiaire chez Jolla durant l’été 2013.

6 commentaires à propos de “Une introduction à Jolla (4)”

  1. Petite remarque sur le défaut #3 du logiciel libre : « la pérennité est fragile ». La remarque est à la fois vraie, et très fausse. La pérennité d’un projet sera toujours plus grande que celle d’un projet privateur : il suffit d’un développeur, qui peut être vous même, pour que le projet vive potentiellement. Si le code source est fermé, aucun espoir. Certes, direz-vous, mais « les grands noms, les multinationales, on peut compter qu’elles ne disparaîtront pas comme ça, leurs produits sont donc sûrs… » C’est juste faux. Nokia décide d’arrêter Swipe pour N9 : l’interface n’évoluera plus. Heureusement qu’une bonne partie du reste de l’OS est basé sur du libre. Idem dans l’histoire pour plein d’autres produits (la base Ingres rachetée par Computer Associates, OS/2 et IBM, etc. etc.). Bref, la pérennité du libre est la pire, en dehors de toutes les autres.

    • En tant que contributeur au libre, je serai surtout tenté de dire que la pérennité d’un projet libre est lié au nombre de contributeurs. Si le projet en a assez (Kernel, Qt), sa pérennité est assurée, cependant d’autres sont écrits et maintenus par une poignée de personne, et si ces personnes venaient à abandonner le projet, même si le code est libre, il peut être si difficile à lire, et à comprendre par un contributeur extérieur qu’il en est finalement délaissé.

      Les projets commerciaux fonctionnent de la même manière. Microsoft a assez de moyens pour maintenir sa suite office et la faire évoluer, mais ils sont tout autant plus motivés à le faire qu’ils investissent de l’argent dedans et attendent un retour sur investissement. Un projet libre, non lucratif, n’a pas autant de motivation pour les mainteneurs, et il n’est pas rare, cf les projets Gnome ou KDE que certains abandonnent par manque de temps ou de motivation.

      Mais avant tout, pour des projets libres comme non libre, l’abandon reflète quelque chose de plus grand et important. Peut-être que des contributeurs abandonnent KDE parce que l’interface est devenue datée, ou que le code est devenu illisible (ce qui n’est pas vraiment le cas), tout comme OS/2 ou MeeGo qui ne sont peut-être plus rentable ou compétitifs dans le marché, et reprendre ces projets ne serviraient de toute façon à rien …

  2. Pendant que Mer se fait connaître via quelques projets (Nemo, tablette Spark/Vivaldi, Sailfish et Jolla…), Tizen, le successeur officiel de MeeGo pourtant supporté par des poids lourds comme Samsung et Intel, est en train de stagner lamentablement avec toujours aucun appareil de sorti. Chapeau donc à Mer !

    Bon après ça ne sera plus la même quand Samsung sortira ses smartphones Tizen (« new Wave » ?) et quand ce dernier bénéficiera du code et du développement bada… Mais toujours est-il qu’en attendant c’est Mer qui est devant et respect pour ça.

    • Mer et Tizen n’ont pas le même rôle, et sont vus comme complémentaires. Samsung pourrait très bien baser son travail sur Mer, puisque Mer est une base de système. Les contributeurs de Mer ont par ailleurs tenté d’ouvrir le dialogue avec les équipe Tizen, mais ces derniers ont un fonctionnement tellement opaque, que le contributeur principal de Mer a décidé de jeter l’éponge.

      Après, considérer que Tizen « bénéficie » du code Bada, c’est un peu paradoxal. Le code Bada est connu pour être un bazar sans nom.

      • Entre Tizen et Mer je pensais plus à une (pseudo) lutte entre héritiers de MeeGo où pour l’instant ce n’est pas le plus nanti qui a l’avantage.

        J’ai été maladroit en parlant du code de Bada. Je pensais plus à Bada tout court. Je vois mal Samsung garder 2 projets distincts d’OS mobiles basés sur Linux. Il me parait donc évident que Samsung va « reverser » Bada dans Tizen, d’autant plus qu’il y a déjà eu des rumeurs à ce sujet. Dans ce cas Tizen bénéficierait du peu de maturité qu’a Bada.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*